Ne vous laissez pas impressionner

 

Laissez cela à votre appareil photo en quelque sorte… Vous savez (si vous avez suivi mes cours photos, conférences, émissions radios et cette newsletter) combien je suis exigeant vis à vis du cadrage ! Souvent, je suis étonné par les défauts que je remarque sur les tirages que me présentent mes élèves, qu’ils soient par correspondance ou directement à mes ateliers de Liège ou Bruxelles….

En général, ce n’est pas la technique qui fait défaut: Non, c’est avant tout la capacité à bien cadrer le sujet… Je pourrais rappeler ici les principes de composition: points forts, règle du tiers, diagonale, etc… mais ce n’est pas nécessaire car la raison de ces échecs est bien plus simple que cela… C’est la mise en avant du sujet même qui pose problème au point que très souvent, je me demande ce que l’on veut me faire voir sur ces photos.

Pourquoi cet écueil est-il si courant ? Comment y remédier ?
La raison des ces erreurs de cadrage répétitives – et j’en arrive au titre de ce conseil – c’est tout simplement que le photographe s’est laissé impressionner par son sujet… que l’émotion l’a fait réagir instantanément en quelque sorte ! « Ah que c’est beau » et il fait clic dans la foulée !

Les conséquences de cette précipitation sont évidentes et multiples … Par exemple, si c’est un portrait, hypnotisé par le regard du personnage, on placera le visage de celui-ci bien trop bas en laissant de ce fait au-dessus une grande zone inutile…

Dans beaucoup d’autres types de photos, on aura déclenché sans zoomer, ni bouger pour bien se placer et le vrai sujet de la photo sera perdu au milieu d’éléments inutiles. Ainsi, on capture sur l’image tout ce qui est présent devant soi. De ce fait, une multitude d’éléments présents n’apporte rien à la force de l’image et on peut même considérer que beaucoup vont distraire du sujet principal…

En résumé, dans la précipitation, on n’a pas cherché à optimiser l ‘angle de prise de vue ! De ce fait, il n’est pas rare qu’un objet, notamment en arrière plan, vienne s’entremêler avec le sujet proprement dit de manière très peu esthétique… Et je pourrais parler en plus des défauts collatéraux purement techniques qui découlent eux aussi de cette précipitation à savoir: flou de bougé, diaphragme mal adapté au sujet… etc, etc…

Alors comment y remédier ? Je pense que tout se passe avant même de porter son appareil au viseur ! Il faut d’abord bien identifier ce que l’on veut photographier, ce que l’on trouve intéressant, ce que l’on veut transmettre comme information au futur « lecteur » de son image…

Dans cette démarche, on doit travailler à des niveaux différents. Il y a d’abord la détermination sur le plan physique de ce qui vaut la peine d’être photographié… ensuite il faut aller plus en profondeur et identifier ce qui se trouve derrière ce plan physique, ce que l’on ressent, ce qui se dégage de la scène, ce qui fait son réel intérêt …

En quelques mots, de manière plus concrète, posez-vous d’abord la question: dans cette scène que je veux prendre en photo, quel est mon sujet ? Ainsi dans ce paysage de bord de mer… Est-ce le ciel ou plutôt la plage de galets qui est importante et que je veux montrer… ? Ensuite, allez plus en profondeur et demandez-vous ce qu’il y a de remarquable devant vos yeux… Peut-être est-ce la répétitivité de ces galets à l’infini ? Le jeu des nuages ? A moins que cela ne soit l’opposition, le contraste entre la multitude des nuages et cette déferlante de galets !

De cette réflexion presque instantanée (si on vous vous y êtes exercé bien sûr), viendra la qualité de votre cadrage mais aussi le développement de votre créativité. En effet, cette petite fraction de seconde de réflexion vous poussera inévitablement à chercher comment rendre, que ce soit par un point de vue original ou par une technique photo adaptée, l’émotion dont vous aurez saisi l’origine !

Pour reprendre les exemples cités plus haut…  
Si ce sont les galets que vous aurez identifiés comme intéressants, vous opterez pour le grand-angle qui rendra parfaitement… cette impression de répétitivité et vous n’hésiterez pas à vous abaisser au ras du sol pour mettre ces galets en exergue.

Si ce sont les nuages qui sont le vrai sujet, et bien vous cadrerez sur ceux-ci en ne laissant à la plage de galets en elle-même qu’une toute petite partie de votre image
Conclusion: soyez le maître de vos images, prenez des décisions et pour pouvoir les prendre en toute connaissance de cause, accordez-vous un bref instant avant même de viser, pour identifier et votre sujet et ce que vous voulez en transmettre. Ainsi tous les choix pratiques et techniques vous sauteront au yeux sans attendre !

Quand on lit un poème, tout doit paraître aller de soi. Quand on regarde vos photos, il doit en être de même…
Tel un général au front, prenez position sans ambiguïté ! S’exprimer en photo, c’est faire des choix !

À propos de Etienne Coumanne photographe

Photographe formateur - diplômé ICADI
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